L'histoire avec Ludo, elle me reste encore en travers de la gorge.
C'était la fin du 1er trimestre. Un beau matin, ce crétin s'est mis à me faire de l'½il.
Incroyable ! Tellement incroyable que n'ai pas compris tout de suite. Qu'Est-ce qui lui prenait ? Pourquoi il me matait sans arret? J'avais une saleté sur le pif ou quoi ?
J'ai mis un bon moment avant de réaliser qu'il me draguait.
Ludo, c'est loin d'être un canon, mais alors, très loin, avec ses lunettes de myope, sa coupe au carré, ses pantalons en
velours et ses chemises grisâtres. Mais,d'un coup, j'ai eu l'impression de le redécouvrir. Bon, d'accord,ça n'était pas Doc Rasta, mais il avait de beaux yeux derrières ses verres épais. Quand à sa coupe, elle était facile à changer, avec une bonne paire de ciseaux !
Pendant les 2 premières heures, il ne s'est rien passé de spécial, à part ce regard troublant qui me suivait partout. Mais après la récré, les choses se sont subitement précipitées. Au beau milieu du cours de maths, entre les x et les y, Ludo m'a glissé un billet.
«
tu m' retrouves au squares, après les cours ?! »
Le choc ! Je 'lai lu et re-lu, pour être sure. C'était la 1ère fois qu'on me donnait rendez vous. J'ai accepté sans hésiter. Et jusqu'au soir, j'ai flotté sur un petit nuage. Le nom de Ludo clignotait dans ma tête comme une enseigne au néon. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. Ludo. 4 lettres de plus en plus brillantes au fur et mesure que la journée avançait. J'arrêtais pas de me retourner vers lui, pour m'assurer que je ne rêvait pas. A chaque fois, j'avais le droit à un petit sourire avec en prime, le droit de mater ses jolies lèvres, que j'imagine succulentes.
C'est la voix de madame Boudin, la prof de français, qui me ramena sur terre. Elle porte bien son nom celle là !
«
tu peux répéter ce que je viens de dire Léa ? »
Ben non, je pouvais pas du haut de mon petit nuage, je n'avis rien suivis. J'ai lancé des appels de phare dans toutes les direction, mais personne n'est venu à mon secours. Même Pauline. Peut être n'avait elle pas écouté, elle non plus ?
J'ai récolté 2 heures. Mais je m'en fichais pas mal. La perspective du rendez vous gommait tout le reste. Et surtout la présence de Ludo dans mon dos...
Je sentais son regard tout chaud sur ma nuque. C'était, comment dire ... électrisant ! Une sorte de caresse à distance, qui me mettait les nerfs à vif. J'avais l'impression de crépiter de partout.
L'après midi a duré un siècle. Quand la sonnerie à retenti, ça m'a fait l'effet d'une explosion en pleine poitrine. J'ai bondis sur mes pieds, des picotements de trouille dans mes mollets, l'échine parcourue de frissons. L'estomac plus lourd que si j'avais avalé une enclume.
Ludo es parti dans les 1ers. Comme chaque jour, une bousculade monstre obstruait la sortie. À coups de coudes, j'ai fendu la foule pour tenter de le rejoindre, mais il avait disparu !
<<
il est surement déja là-bas. peut être qu'il ne pouvait plus attendre.>>
J'ai couru d'une traite jusqu'au square, 50 mètres à gauches, derrière de pâté de maisons.
Personne. Mon coup de chaud s'est dissipé et j'ai sentis le froid à travers mon gilet en coton. je crois qu'on appelle ça une douche écossaise. qu'est ce qu'il fichait, cet abruti de Ludo ? Où il trainait ? S'il ne se grouillait pas, j'allais fini par m'enrhumer, moi !
Le square était quasiment désert. En général, tout le monde le prend d'assaut dès 4 heures et 1/2. C'est un peu l'annexe du bahut, le passage obligé avant de rentrer chez soi. Par chance,il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors, et encore moins un lycéen. Notre encontre se déroulerait donc sans témoins. C'était déja ça.
Je me suis assise sur un banc, pour attendre. Des rafales de vent soulevaient les feuilles mortes, et comme je n'avais rien d'autre à faire, je les regardais tourbilloner dans l'allée, parmi les mégots et les canettes vides.
Une mère est passée, poussant un landeau, puis un couple de vieilles qui se tenaient par le bras. Des pigeons picoraient je ne sais trop quoi dans l'herbe. Sur le ciel chargé de gro nuages, les arbres se découpaient en jaune vif et orange.
Je me suis dit : <<
Il va pleuvoir !>>
Ludo est arrivé avec les premières gouttes. Il s'est installé près de moi et m'a enlacée, sans un mot, de ses bras. Tandis que moi, je me suis laissée aller contre son épaule. C'était bon ! De ne pas parler, je trouvais ça bien. Quand on flippe, mieux vaut se taire, que de dire des conneries. La pluie me mouchetait le visage. J'ai fermé les yeux et tendu mes lèvres. Puis j'ai attendu.
Mais rien n'est venu.
Rien, sauf cette réflexion criée par Ludo à la cantonade : <<
30 secondes les gars, record battu !>>
J'ai rouvert les yeux, ahurie. Devant nous, Max, Tony et Léo se tordaient de rire.
-
30 secondes pour emballer ! a siflé Max en claquant sa paume contre celle de Ludo. Mon ^pote, t'es un champion ! -
Pfff fastoche avec un boudin ! à protesté Léo.
Ludo est devenu vert.
- et alors, on a dit une meuf, merde, on a pas précisé qu'elle devait être sexy !J'ai pas compris immédiatement. Enfin, je ne voulais pas compendre. Non, ça n'était pas possible. Ils n'avaient pas osé ? Ils ne s'étaient pas servis de moi comme enjeu d'un pari aussi ignoble ?
Si !
J'ai failli leur vomir dessus !
Hey !
comme promit, un chapitre exclusivement sur Ludo.
j'vais chez des potes 4 jours, près de Perpignan, donc j'accepterai vos comm'z à mon retour
le prochain chapitre s'intitulera : Mes parents !
Bisous
Cam'